Trois sigles qui se ressemblent, trois familles d’acides qui ne font pas du tout le même travail. Choisir entre AHA, BHA et PHA ne relève pas du goût personnel : la différence entre AHA, BHA et PHA tient à la taille de la molécule, à sa solubilité et à la profondeur à laquelle elle agit. C’est ce trio de paramètres qui détermine si un acide va désincruster un pore bouché, lisser un teint terne ou, au contraire, mettre une peau réactive à genoux.
Ce qu’un acide exfoliant fait réellement à l’épiderme
Un gommage mécanique frotte. Un acide, lui, dissout les liaisons qui retiennent les cornéocytes, ces cellules mortes empilées à la surface de l’épiderme. Le résultat est une desquamation régulière, plus homogène qu’un grain abrasif, et un renouvellement cellulaire accéléré. Sur la durée, ces acides stimulent aussi la synthèse de glycosaminoglycanes et de collagène dans le derme, ce qui explique leur usage contre les ridules et les taches pigmentaires.
Un point technique conditionne tout le reste : l’activité d’un acide dépend de sa fraction libre, donc du pH de la formule, pas seulement du pourcentage affiché sur le flacon. Un sérum à 10 % d’acide glycolique tamponné à pH 5 exfolie beaucoup moins qu’un sérum à 5 % à pH 3,5. Les formules exfoliantes efficaces se situent généralement entre pH 3 et pH 4. Quand une marque ne communique ni la concentration ni le pH, il est impossible d’anticiper la puissance du produit.
Les AHA travaillent en surface, et seulement là
Les acides alpha-hydroxylés sont hydrosolubles. Ils restent dans la phase aqueuse, ne s’aventurent pas dans le sébum et agissent sur la couche cornée. Les deux chefs de file sont l’acide glycolique (76 g/mol, la plus petite molécule du groupe, donc la plus pénétrante et la plus irritante) et l’acide lactique (90 g/mol, plus doux, avec une capacité hydratante propre). L’acide mandélique (152 g/mol) est le compromis intéressant des peaux réactives et des carnations foncées : même mécanisme, pénétration bien plus lente, donc moins de risque de rebond pigmentaire.
Côté réglementation européenne, l’encadrement est plus strict qu’aux États-Unis. Le comité scientifique européen a recommandé de limiter les produits cosmétiques grand public à 4 % d’acide glycolique à pH ≥ 3,8 et à 2,5 % d’acide lactique à pH ≥ 5,0, avec deux mises en garde explicites : éviter le contact avec les yeux et limiter l’exposition aux UV pendant la cure (avis du SCCNFP sur les alpha-hydroxyacides). Les concentrations supérieures relèvent du geste professionnel, en cabinet d’esthétique ou chez le dermatologue.
Pour quelle peau ? Un teint terne, des marques post-inflammatoires, une texture rugueuse, des ridules installées, une peau plutôt sèche à normale. Si vous utilisez déjà un sérum glycolique, la question de la cadence se pose vite : nos repères sont détaillés dans notre article sur la fréquence d’application de l’acide glycolique.
Le BHA descend dans le pore
L’acide salicylique (138 g/mol) est le seul BHA réellement utilisé en cosmétique. Sa particularité est d’être liposoluble : il se mélange au sébum, descend dans le follicule pilo-sébacé et désagrège le bouchon de kératine et de graisse qui forme un comédon. Aucun AHA ne sait faire cela. S’y ajoutent une action anti-inflammatoire, héritée de sa parenté chimique avec l’aspirine, et un effet kératolytique qui affine le grain de peau.
L’acide salicylique figure à l’annexe III du règlement cosmétique européen (CE) n° 1223/2009, avec un plafond de 2 % pour les soins visage sans rinçage, 3 % pour les produits capillaires à rincer, et une interdiction d’usage chez l’enfant de moins de 3 ans (texte consolidé du règlement). Un sérum vendu à « 2 % de BHA » est donc au maximum légal, pas dans un dosage timide. À noter : contrairement aux AHA, l’efficacité du salicylique est peu dépendante du pH de la formule.
Pour quelle peau ? Peau grasse ou mixte, pores dilatés, points noirs sur le nez et le menton, boutons inflammatoires récurrents, kératose pilaire sur les bras. Sur une acné hormonale installée, le BHA seul plafonne vite et un avis dermatologique reste la bonne porte d’entrée, comme expliqué dans notre guide sur l’acné hormonale de la femme adulte.
Les PHA : lents, encombrants, et c’est tout l’intérêt
Les acides poly-hydroxylés sont des cousins des AHA dotés de plusieurs groupements hydroxyles, ce qui les rend beaucoup plus volumineux. La gluconolactone pèse 178 g/mol, l’acide lactobionique dépasse 358 g/mol. Cette masse les empêche de franchir rapidement la couche cornée : l’exfoliation se fait en surface, progressivement, avec nettement moins de picotements et de rougeurs qu’un glycolique à puissance comparable.
Leurs groupements hydroxyles leur donnent par ailleurs un rôle d’humectant : ils retiennent l’eau dans l’épiderme au lieu de l’assécher, ce qui explique leur tolérance sur peaux atopiques ou sujettes à la rosacée. Un essai clinique de 12 semaines comparant un protocole à la gluconolactone et un protocole à l’acide glycolique a conclu à des bénéfices anti-âge comparables, avec un profil d’irritation plus favorable pour le PHA (Edison et coll., Cutis 2004). Les travaux sur la peau photovieillie vont dans le même sens (revue sur les PHA et la peau photovieillie, Cutis 2004).
Pour quelle peau ? Peau sensible, réactive, sujette aux rougeurs, peau déjà fragilisée par une cure trop agressive, ou simplement première expérience avec les acides. Le PHA est aussi l’option à privilégier quand on utilise déjà un rétinoïde et qu’on ne veut pas cumuler deux agressions.
Les trois familles côte à côte
| Critère | AHA | BHA | PHA |
|---|---|---|---|
| Molécules courantes | Glycolique, lactique, mandélique | Salicylique | Gluconolactone, lactobionique |
| Solubilité | Eau | Huile et sébum | Eau |
| Masse moléculaire | 76 à 152 g/mol | 138 g/mol | 178 à 358 g/mol |
| Zone d’action | Couche cornée | Intérieur du pore | Surface de la couche cornée |
| Cible principale | Teint terne, taches, ridules | Points noirs, boutons, pores | Sensibilité, rugosité, confort |
| Plafond grand public (UE) | 4 % glycolique à pH ≥ 3,8 (recommandation) | 2 % en soin visage (annexe III) | Non plafonné spécifiquement |
| Risque d’irritation | Moyen à élevé | Moyen, avec effet asséchant | Faible |
Associer un acide à son profil de peau
La logique est simple : on choisit l’acide d’après le problème dominant, pas d’après la tendance du moment.
- Peau grasse avec points noirs et pores visibles : acide salicylique à 2 %, deux à trois applications par semaine.
- Peau mixte avec zone T luisante et joues sèches : salicylique localement sur la zone T, PHA ou acide lactique sur l’ensemble du visage.
- Peau sèche au teint terne : acide lactique, qui exfolie tout en apportant un effet hydratant.
- Taches post-acné ou hyperpigmentation : acide mandélique ou glycolique, en cure régulière et sous protection solaire stricte.
- Peau sensible ou rosacée : gluconolactone, en commençant à une application par semaine.
- Ridules et relief marqué chez une peau tolérante : glycolique, en alternance avec un rétinoïde.
Les formules « AHA + BHA + PHA » cumulant les trois ne sont pas un gadget, mais elles diluent chaque actif. Pour une problématique précise, un acide bien dosé fait mieux qu’un cocktail à faible concentration.
Cadence, ordre d’application et actifs à ne pas empiler
L’exfoliation chimique s’installe par paliers. On démarre à une application hebdomadaire, le soir, sur peau nettoyée et sèche, puis on monte à deux ou trois si la peau reste confortable. Au-delà, le bénéfice ne progresse plus mais la barrière cutanée s’use. Dans l’ordre de la routine, l’acide se place après le nettoyage et avant les sérums hydratants et la crème. Les formules à rincer, type peeling de 10 minutes, sont un bon format d’apprentissage.
Deux associations demandent de la discipline. Le rétinol et les acides exfoliants accélèrent tous deux le renouvellement cellulaire : appliqués le même soir, ils provoquent fréquemment desquamation, tiraillements et rougeurs. La règle praticable est l’alternance, un soir acide, un soir rétinoïde, avec des soirs de repos au début. Après une séance d’acide plus concentrée, il est raisonnable d’attendre quelques jours avant de reprendre le rétinoïde. Si vous débutez avec ce dernier, notre article sur comment commencer le rétinol sans irriter sa peau détaille la montée en charge.
Le second point est la photoprotection. En affinant la couche cornée, ces acides rendent la peau plus vulnérable au soleil, et l’avis européen cité plus haut recommande explicitement de limiter l’exposition aux UV pendant la cure. Un écran solaire SPF 50 le matin n’est pas une précaution de confort : sans lui, une cure d’acides sur une peau sujette aux taches produit l’inverse de l’effet recherché.
Reconnaître une peau sur-exfoliée
Le signal le plus trompeur est la sensation de peau très lisse et très propre juste après application, qui pousse à augmenter la fréquence. Les vrais indicateurs d’excès apparaissent ensuite : brillance anormale sans excès de sébum, picotements au moment d’appliquer une crème hydratante auparavant bien tolérée, petites rougeurs diffuses, zones qui pèlent par plaques, et parfois une poussée de boutons inflammatoires. La conduite à tenir est l’arrêt total des acides pendant deux à trois semaines, le temps que la fonction barrière se reconstitue, avec un nettoyant doux et des soins riches en céramides et en niacinamide. Les signes détaillés et le protocole de réparation sont décrits dans notre article sur la barrière cutanée abîmée.
Reprendre ensuite ne signifie pas revenir au même produit à la même cadence. Un passage temporaire au PHA, le temps de retrouver une peau stable, évite de réinstaller le cercle irritation puis pause puis irritation dans lequel beaucoup de routines s’enlisent.



